L'assurance : une pratique vieille de 4000 ans

Des caravanes et des bateaux
L'assurance « à l'index »
Les premières sociétés mutuelles
De Londres jusqu'au Québec

Des caravanes et des bateaux

Depuis des siècles, l'homme a recours à l'assurance pour protéger ses biens matériels. En effet, on trouve les premières références à l'assurance vers l'an 2000 avant J.-C., sous forme de contrats écrits stipulant des modalités de répartition des pertes lors d'activités de transport, notamment par caravanes ou par voie maritime. Il faut dire qu'à cette lointaine époque, les pirates, les bandits et les pilleurs faisaient partie du « décor social » tant sur terre que sur mer !

Ainsi, à Babylone, le code d'Hammourabi prescrivait qu'en cas de perte ou de vol des marchandises, le transporteur désigné serait relevé de sa responsabilité de livraison, s'il était en mesure de prouver ne pas être complice du méfait. La perte était alors répartie à l'ensemble des marchands participants de la caravane.


Au début du premier millénaire est apparu le « prêt à la grosse aventure », l'ancêtre réel de l'assurance maritime et de transport. Les marchands avançaient les fonds au transporteur et celui-ci ne les remboursait qu'au retour à bon port, s'il n'avait pas subi d'avarie ou été assailli par des pirates.

L'assurance a pris véritablement naissance au tout début du second millénaire, en 1063 plus précisément, lorsque des marchands italiens et anglais ont trouvé un moyen de protéger leurs navires contre les pertes subies lors d'un naufrage ou suite aux méfaits de pirates. Formés en association, ils constituèrent un fonds qu'ils approvisionnaient régulièrement et à même lequel ils se dédommageaient. Leur organisation était connue sous le nom de Code d'Amalfi.

L'Italie, le Portugal et la France s'attribuent toutes trois l'origine de l'assurance maritime. On retrouve en effet dans ces trois pays des archives datant des XIIIe et XIVe siècles qui traitent des droits maritimes et stipulent les modalités d'assurance.


L'assurance « à l'index »

Fait à signaler : au XIVe siècle, on considérait que « l'obligation verbale » était la règle en matière commerciale. L'écriture, lorsqu'on y avait recours, ne servait que de moyen d'établir une preuve, et ce, uniquement lorsque le document avait été rédigé par un notaire. Dans un décret publié à Gênes en 1369, on parle « d'assurance sans écritures » ou « d'assurance secrète ».

En 1468, Venise est la première ville-état à adopter une loi sur les assurances, afin d'établir une procédure concernant essentiellement les fraudeurs. Toujours à Venise, à la fin des années 1500, il fut question d'établir un impôt sur les polices d'assurance. Les notaires s'y opposèrent, en alléguant que les assureurs et les assurés s'entendraient entre eux pour ne pas payer la taxe et traiteraient toutes les affaires en « assurance secrète ».

Jusqu'au XVIe siècle, la prohibition – par l'église – du prêt à intérêt a retardé le développement de l'assurance comme on la connaît aujourd'hui. Pour Rome, l'assurance était équivalente au pari. On considérait autant l'assurance, autant que les gageures, comme un pari sur l'événement.

Cette perception devait toutefois changer avec le temps pour permettre à l'assurance d'évoluer en fonction des besoins des citoyens.


Les premières sociétés mutuelles

En Allemagne, dans la première partie du XVIIe siècle, naissent les premières sociétés mutuelles qui, comme leur nom l'indique, sont la propriété collective des détenteurs de polices. Dans plusieurs villes, un expert désigné par le souverain estime la valeur des propriétés qui sont répertoriées dans un registre et tout propriétaire qui fait partie de la société est tenu de payer une somme proportionnelle à la valeur de son immeuble. Ces sommes regroupées forment un fonds qui sert à indemniser celui dont la maison est sinistrée.

Toujours au XVIIe siècle, l'assurance maritime est déjà bien structurée, les modalités sont établies et codifiées. On voit naître de véritables compagnies d'assurances; celles-ci décident de se regrouper, dans l'intérêt général de leur nouvelle profession.

On retrouve à Paris, en 1657, les « Offices de Notaires – Greffiers des assurances ». Ces « chambres d'assurances » étaient une sorte de club fréquenté par les assureurs, courtiers et clients qui y échangeaient des informations et discutaient entre eux.


De Londres jusqu'au Québec

On vit aussi naître dans d'autres pays européens, vers la même époque, une forme d'assurance incendie qui connut un essor fulgurant après le grand Incendie de Londres, en 1666, où furent anéantis les quatre cinquièmes de la ville.

Cette époque a aussi été celle de la prestigieuse compagnie Lloyd's of London qui, ironiquement, a vu le jour dans la taverne d'Edward Lloyd, laquelle était fréquentée par des armateurs, des gens de mer et des négociants. Cet établissement fut d'abord une « bourse » de l'assurance pour ensuite devenir le centre de l'assurance des navires et des cargaisons.

C'est aussi au cours de cette période de commerce international très dynamique que l'on créa en Allemagne des entreprises publiques (dont la Caisse générale d'Incendie) qui pratiquaient une véritable assurance, dont les risques étaient classifiés et les primes annuelles facturées selon des ratios proportionnels à la limite maximum du montant d'assurance.

Plus près de chez nous, les années 1700 marquèrent l'arrivée en sol américain des premières compagnies d'assurances. Ainsi, en 1752, une compagnie mutuelle fut fondée par le célèbre Benjamin Franklin, homme politique et physicien, qui inventa notamment le paratonnerre.

La première compagnie d'assurance anglaise à ouvrir boutique au Canada fut la Phoenix Insurance Co. Ltd., en 1804. Cinq ans plus tard, la première compagnie canadienne était créée, la Fire Association of Halifax qui devint par la suite la Halifax Insurance Co. Au Québec, la première entreprise véritablement d'ici fut la Québec Fire Insurance Company, fondée en 1819. Puis, à compter de 1833, des sociétés mutuelles québécoises, établies à Montréal et en Estrie et spécialisées en assurance contre les incendies, se lancèrent en affaires.

Plusieurs des membres du BAC sont des descendants de certaines de ces vénérables institutions.


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